Extrait 1

La dépendance

Au réveil de mon coma, le premier souvenir que j’ai de l’hospitalisation à Lille, fut les longues journées d’immobilité cadencées par le bruit de la télé, n’ayant aucun moyen de l’éteindre puisque j’occupais une chambre commune. Les images de l’écran, que je localisais en face de moi, se métamorphosaient en un diable cynique qui riait bien de ma détresse. Rien de possible pour divertir mon esprit, je ne pouvais ni lire ni faire de mots croisés […]

La distraction du repas m’était également interdite, […] la fourchette et le couteau étaient devenus deux ennemis qui se chargeaient bien de m’humilier, la concentration était telle à l’utilisation de ces instruments que le simple fait de les prendre en main me donnait la nausée. […] je prenais donc à pleine main ce sec filet de poulet pour le tremper dans la sauce que je localisais dans l’assiette avec les doigts de l’autre main, et tel l’homme de Cro-Magnon je croquais à pleines dents cette mixture dégoulinante. Le seul rempart, afin de préserver un lit à peu près net, était un drap de bain noué autour de mon cou, tel un nourrisson.

Oui, j’étais redevenu ce bébé, […] j’allais devoir réapprendre à manger, marcher, écrire, lire et penser. Je n’imaginais pas que cette renaissance imposée allait aiguiser ma fougue de vivre.